Libre opinion - Informatique libre et démocratie locale
Par Laurent Bouninhttp://www.ledevoir.com/2009/08/12/262513.html
Article de Cyrille Béraud - Président de FACIL - publié dans le Devoir, le 12 août 2009
Code d’éthique, bonne gouvernance et transparence ont ouvert le bal des élections municipales. À juste titre! Chaque semaine égraine son lot de scandales qui érodent un peu plus la confiance du citoyen envers ses institutions. Les commentaires sont nombreux, mais ne visent qu’une seule cible: l’élu. N’y aurait-il donc qu’un seul coupable? Pourtant, les lois encadrent déjà sévèrement les actions de nos élus.
De l’aveu même des spécialistes de ces questions, les remèdes récemment proposés ne visent qu’à rassurer les citoyens. Pourtant, un rapide survol des derniers scandales (Office d’habitation, service informatique de Montréal, attribution de marchés douteux, etc.) semble montrer que l’implication des élus est rare ou secondaire. Dans la plupart des cas, les dérapages sont plutôt le fait de cadres et de haut fonctionnaires. Or, pour n’avoir su contrôler efficacement les fonctionnaires municipaux, l’élu, seul face aux médias et à ses électeurs, écope de tous les reproches. Mais avait-il vraiment les moyens d’agir? Qu’y a-t-il de nouveau depuis 20 ans qui rende inefficaces les codes, lois et comités d’éthique et qui rende si fragile la position des représentants du peuple?
Ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’un fonctionnaire, en 2009, dispose sur son bureau, par l’ordinateur et les systèmes d’informations sous-jacents, d’une puissance colossale de calcul et de traitement de l’information. Cette nouvelle puissance lui permet de bâtir des dossiers d’une complexité et d’un raffinement extraordinaires. Elle lui permet d’être d’une grande efficacité pour le meilleur ou… pour le pire.
Face à cette nouvelle puissance, le citoyen et son représentant restent démunis pour accomplir leur mandat de contrôle. Quel individu est à même d’appréhender, à l’intérieur des deux heures d’un conseil d’administration ou d’un conseil municipal, la complexité de ces dossiers et la masse d’informations à traiter avec pour seuls outils son cahier et son stylo?
Accessibles à tous
Pour faire face aux nouveaux problèmes liés à la puissance technologique croissante des administrations, les outils de contrôle et de contre-pouvoir démocratiques devront être technologiques. Plutôt que d’encadrer et de limiter davantage le pouvoir des élus, c’est en les renforçant et en leur fournissant les outils adéquats que nous pourrons guérir ce cancer qui mine notre société.
Les systèmes d’informations des organismes publics doivent être accessibles à tous: transparents en ce qui a trait aux données, mais aussi transparents quant à leur traitement.
En rendant accessibles et transparents les traitements faits sur les données, nous rendons responsables les acteurs des processus décisionnels et nous garantissons la traçabilité de toutes les décisions. Nous permettons et encourageons les interactions en temps réel entre le citoyen, l’élu et l’administration. C’est ici que l’informatique libre, composée des formats de fichiers ouverts, de technologies ouvertes et gratuites, ainsi que de méthodes de travail collaboratives éprouvées et issues de l’Internet, apportera une contribution nécessaire et décisive aux nouveaux défis de nos sociétés démocratiques.
Déjà des projets
Nous sommes très loin d’un idéalisme utopique. De nombreuses initiatives dans le monde vont déjà dans cette direction. Il y a quelques semaines, le Sénat de l’État de New York annonçait à tous les citoyens et de leurs élus un accès complet aux systèmes d’information de l’organisation. En début d’été, la Ville de Vancouver s’engageait à devenir une ville «ouverte» en fournissant l’ensemble de ses données sous des formats libres et en publiant
la totalité des applications sous licence libre. Toronto s’apprête à aller dans la même direction.
Les futurs élus des municipalités québécoises devront renouer un pacte de confiance avec la population. Ce pacte devra se nourrir de nouvelles pratiques et de nouveaux outils permettant au simple citoyen de participer à la gestion de la cité. Plus que de simples outils, les logiciels libres et les méthodes de travail collaboratives de l’Internet portent en eux-mêmes les valeurs de partage, de transparence et d’efficacité qui seront garantes du respect de ce nouveau pacte.
